Actions de recherches engagées par les producteurs de plant de pomme de terre. Un partenariat efficace

LA FILlÉRE PLANT FINANCE DEPUIS LONGTEMPS D'IMPORTANTES ACTIONS DE RECHERCHE POUR RENFORCER LA QUALITÉ SANITAIRE ET TECHNOLOGIQUE DE LA PRODUCTION FRANÇAISE, DANS UN SECTEUR CONCURRENTIEL Où LES EXIGENCES SANITAIRES CONSTITUENT UN CRITÉRE DE CHOIX DÉCISIF

En effet, la maîtrise des risques sanitaires a toujours été un enjeu stratégique pour ce secteur, consti tuant l'une des justifications même de la production de plant de pomme de terre et permettant de protéger les exploitations contre l'introduction de nouvelles maladies. Aussi, les producteurs de plant ont mis en place depuis de nombreuses années, au travers de leurs organisations professionnelles (Bretagne Plants, FNPPPT et GNIS) un partenariat avec la recherche pour mettre au point des tests de détection, mieux connaître l'épidémiologie des nouvelles maladies ou améliorer les méthodes de lutte. Ces programmes sont présentés succinctement ci-dessous et feront l'objet ultérieurement d'une présentation plus détaillée. ~ Actions conduites par la FNPPPT et ses Établissements Producteurs Régionaux > Production de sérums pour la détection des virus: Ce programme, démarré en 1986, fonctionne aujourd'hui avec une technicienne détachée par la Fédération Nationale au laboratoire de virologie de l'INRA de Rennes.

 

Cette activité permet d'approvisionner régulièrement les laboratoires professionnels en réactifs de qualité pour la détection des virus de la pomme de terre (y, X, Enroulement,A,.. .). Le nombre de tests ELISA augmente régulièrement (10000 en 1986, 1 million en 2002) en raison des exigences qualitatives des destinataires. Ces sérums -de type polyclonaux ou monoclonaux, selon la spécificité souhaitée et le type de virus -sont produits selon des normes de qualité pour répondre aux besoins des laboratoires accrédités. > Prévention contre les bactéries de quarantaine Ce programme a démarré en 1995 à la suite de l'épidémie de pourriture brune (due à Ralstonia solanacearum) aux Pays-Bas et au besoin urgent pour la production française de se prémunir de cette bactérie. Il fonctionne grâce à un ingénieur détaché à l'INRA de Rennes et a débouché sur les résultats suivants: 1996 : Obtention de sérums pour la détection de Ralstonia solanacearum. 1998: Mise au point de la technique moléculaire PCR pour la détection de Ralstonia solanacearum puis transfert aux laboratoires professionnels 1999 : Obtention de sérums contre une deuxième bactérie, Clavibacter mich. sepedonicus, en développement en Europe du Nord. Depuis 2002: Les travaux s'orientent vers des études épidémiologiques pour apprécier l'influence de certains facteurs sur la maladie (environnement, contamination du plant, rotation, etc...) et sur le rôle épidémiolo gique du sol ou des systèmes aquatiques. En raison du statut de ces pathogènes, ces études sont menées en conditions confinées.

> Variabilité du Virus y Le virus y, principal virus de la pomme de terre, comprend un grand nombre de souches (PVyo, PVYN, PVYNW, PVYNTN. etc...) qui diffèrent selon l'intensité des symptômes sur feuilles (et même sur tubercules pour les souches PVYNTN), les plantes hôtes ou leurs propriétés sérologiques et moléculaires. Un chercheur post-doc est détaché à l'INRA de Rennes depuis 1995 avec des financements professionnels (GNIS puis FNPPPT) et publics (DRRT, ANVAR) afin de développer des outils de détection de ces nouvelles souches de virus Y et mieux comprendre leur évolution. Les propriétés de ces virus ont conduit à associer des méthodes de détection sérologiques pour les grands groupes de souches -avec des anticorps polyvalents anti-PVY ou spécifiques des yo et YN -mais aussi moléculaires (RT-PCR) pour détecter les variants PVYNW et PVYNTN. La mise en place de ces outils s'accompagne de transfert dans les laboratoires régionaux. À plus long terme, un programme de thèse démarrée en 2002 à l'INRA de Rennes (avec un cofinancement CIFRE et GNIS) se propose de rechercher le déterminisme génétique des nécroses sur tubercules provoqués par le virus YNTN. en > Empreintes génétiques L'identification des variétés est actuellement basée sur des critères morphologiques du tubercule, du feuillage, des fleurs ou des germes, mais nécessite un examen aux différents stades de la culture et est parfois délicate. L'objectif du projet -démarré en septembre 1999 avec un ingénieur post-doctorant à Bretagne Plants et poursuivi avec un financement du ministère de l'Agriculture et de la FNPPPT -était de rechercher des empreintes génétiques révélant un polymorphisme de l'ADN spécifique des différentes variétés. Ce programme a permis de mettre au

 

 

 

point une technique d'identification variétale, de type microsatellite, permettant de distinguer les 270 variétés cultivées en France et devrait bientôt être validé officiellement pour la certification des plants, voire pour la protection variétale.> Sélection assistée par marqueurs La recherche de résistances durables au mildiou est un objectif prioritaire des programmes d'amélioration car ce type de résistance est moins facilement surmonté que les résistances verticales actuellement disponibles. En outre, du matériel végétal porteur de ce type de résistance non spécifique a été fourni par l'INRA aux obtenteurs français. Les 3 stations professionnelles de création variétale se sont donc associées avec l'INRA de Ploudaniel pour évaluer les possibilités d'utiliser la Sélection Assistée par Marqueurs (SAM) en pomme de terre pour la résistance au mildiou. Si la sélection classique au champ demeure incontournable pour évaluer l'ensemble des caractéristiques des nouvelles obtentions, l'emploi de ces nouveaux outils moléculaires devrait permettre à l'avenir d'accélérer le schéma de sélection (10-12 ans actuellement) en triant rapidement les hybrides par un suivi de marqueurs moléculaires bien corrélés avec les caractères d'intérêt recherché. Le financement de ce programme dans le cadre d'un contrat de branche est actuellement suspendu mais l'objectif est de trouver les ressources nécessaires pour conduire ce type de travaux en génomique.

Actions conduites par le GNIS > Épidémiologie des bactéries Erwinia Ce programme a démarré en 2003 avec l'affectation d'un chercheur à l'INRA de Rennes, financé par les interprofessions pomme de terre (GNIS et CNIPT). L'objectif est d'évaluer les facteurs de développement de la maladie (itinéraires techniques, contamination du plant, milieu) pour prévenir la contamination des lots par cette maladie. Ce programme triennal comprend un inventaire des différentes espèces de bactéries Erwinia responsables de jambe noire et de pourriture molle, une évaluation des méthodes de détection (sérologique, moléculaire et microbiologique) et l'optimisation de l'échantillonnage, un suivi de lots présentant divers niveaux de contamination et une étude de l'influence des itinéraires techniques. par le biais d'enquêtes et d'expérimentations. > Lutte contre les maladies superficielles du tubercule Ce programme a pour objectif l'acquisition de connaissances fondamentales sur plusieurs champignons et bactéries responsables d'affections superficielles des tubercules (gale commune, gale argentée, dartrose, gale poudreuse) en vue d'améliorer les méthodes de lutte. Démarré en 1995, il associe plusieurs financeurs de la filière (GNIS, CNIPT et ONIFLHOR). Les principaux résultats à ce jour concernent: .l'identification de plusieurs espèces de Streptomyces, agents de la gale commune, ayant des conditions de développement différentes à prendre en compte dans la lutte; .la connaissance des facteurs de développement en conservation de la gale argentée et de la dartrose; .des méthodes de détection sur tuber cules mais aussi dans les sols et racines; .des outils d'évaluation variétale. > Sensibilité variétale aux virus (Rattle, yntn...) Une technicienne est recrutée par le GNIS pour étudier la sensibilité des nouvelles variétés vis-à-vis de nouveaux virus (PVYNTN et Rattle) mais aussi pour améliorer leur détection en pratique et rechercher de nouveaux

moyens de lutte. Ce travail est encadré par le laboratoire de virologie de L'INRA de Rennes. Conclusion Ces recherches d'amont s'accompagnent de travaux plus finalisés réalisés dans les régions portant sur des aspects comme la création variétale, les techniques culturales ou la production du matériel de départ. L'ensemble des travaux confiés par la filière à la recherche publique représente un coût annuel de l'ordre de 500000 € dont 75 % sont financés directement par la profession sous la forme de cotisations, démontrant ainsi l'engagement des professionnels pour préparer l'avenir. Cet engagement important doit toutefois être mis en rapport avec les risques financiers énormes dans le cas d'intro \,.; _1 -r .. I~ --~-~~ ~. ~.i~ duction de nouvelles maladies et aux mesures d'éradication qui y sont liées ainsi qu'au bénéfice en terme de réputation du plant français en métropole et à l'étranger et de garanties apportées aux acheteurs de plant certifié. La position privilégiée de la France en matière sanitaire résulte en partie des programmes conséquents de surveillance réalisés sur les plants certifiés à l'aide de ces outils de détection performants.